L’Église invisible: extraits d’un sermon de M. Horace Monod

Horace2Ayant traité dans l’article précédent de l’erreur de John Nelson Darby concernant l’Église, je voulais ajouter cet article complémentaire.  J’avais trouvé les paragraphes suivants dans un sermon qui avait été prêché en France par le pasteur Horace Monod:

« Toutes les incertitudes, toutes les erreurs, toutes les idées fausses qui règnent au sujet de la question qui nous occupe ont leur source dans une confusion. On confond deux choses qui doivent rester distinctes jusqu’à la fin du monde, et qui n’arriveront à se confondre que dans un monde meilleur : l’église, et les églises. L’église de Jésus-Christ se. compose de la réunion spirituelle, invisible, idéale, de tous les hommes qui croient sincèrement en Christ, et qui lui ont donné leur cœur. Les églises, ce sont les associations humaines qui, sous des dénominations diverses, s’efforcent chacune à sa manière de réaliser l’idéal de l’église invisible. Les erreurs contre lesquelles nous désirons vous mettre en garde, proviennent toujours de ce qu’on prétend attribuer à telle ou telle église particulière, à telle ou telle forme extérieure et humaine, des qualités ou des privilèges qui n’appartiennent qu’à l’église spirituelle de Jésus-Christ. Attachons-nous à démêler cette confusion funeste entre le fond et la forme, entre l’œuvre de Dieu et l’œuvre de l’homme, entre la vérité et les expressions humaines de la vérité, entre l’église, en un mot, et les églises. »

« Je crois la sainte église universelle.» Cette belle profession de foi que nous répétons chaque dimanche a pour objet, évidemment, non pas telle ou telle église particulière, non pas la forme d’église dont nous faisons partie et qui a nos préférences, mais cette église générale et invisible que j’ai signalée. Cette église-là ne repose pas sur des formes, ni sur des cérémonies, ni sur des richesses temporelles, ni sur rien qui dépende des hommes, mais uniquement sur l’œuvre du Saint-Esprit. Elle n’est pas réunie dans un même lieu; elle ne s’assemble pas dans un temple ni dans une basilique : elle est disséminée sur toute l’étendue de la terre, et chacun des membres qui la composent est un temple spirituel du Dieu vivant. Les membres de cette église ne parlent pas la même langue, et pourtant ils se comprennent; ils sont séparés souvent par des montagnes et des mers, et pourtant ils sont unis en esprit; ils se rencontrent tous les jours devant Dieu dans la communauté des prières, des émotions, des efforts et des espérances. Leurs noms ne sont pas inscrits sur un registre paroissial, mais Dieu lui-même les a écrits dans le livre de vie. C’est à cette église-là, et seulement à elle, qu’appartiennent toutes les qualités et tous les privilèges qu’on a faussement attribués à telle ou telle église particulière. »

« Cette église-là possède le salut, et le possède seule. « Hors de l’église point de salut,» nous dit-on : cela est faux si vous l’appliquez à l’église romaine ou à telle autre église particulière; mais cela est exactement vrai si vous l’appliquez à l’église invisible de Jésus-Christ. Hors de l’église point de salut, c’est-à-dire, il est impossible d’être sauvé en-dehors de Christ. Il est « le seul nom qui ait été donné aux hommes pour être sauvés. » « Celui qui a le Fils a la vie: celui qui n’a point le Fils de Dieu n’a point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Il n’est pas d’une importance absolue quant au salut de savoir à quelle église extérieure nous appartenons; mais il importe infiniment de savoir si nous appartenons à l’église invisible de Jésus-Christ. Nous ne serons pas sauvés parce que nous sommes romains* ou protestants, luthériens ou réformés, nationaux ou indépendants : nous serons sauvés parce que nous sommes chrétiens, quel que soit d’ailleurs le nom que nous portons. Dans toutes les églises particulières il y a des âmes qui seront sauvées, parce qu’elles appartiennent à l’église invisible de Jésus-Christ; et dans toutes les églises particulières il y a des âmes qui seront perdues, parce qu’elles n’appartiennent pas à l’église invisible de Jésus-Christ. Il peut même y avoir des âmes sauvées en dehors de toutes les formes d’église: parce qu’il peut y avoir des hommes qui, sans se rattacher à aucune église visible, croient en Jésus-Christ, et appartiennent par conséquent à son église. Élevons donc bien haut ce principe fondamental comme un drapeau de ralliement pour tous les enfants de Dieu : Hors de l’église point de salut! Ceux-là sont à blâmer qui prétendent renfermer exclusivement le salut dans une église particulière; mais lorsqu’il s’agit de l’église invisible de Jésus-Christ, nous ne pouvons pas être trop exclusifs; car cet exclusisme est celui de la bible, c’est celui de Dieu lui-même. Répétons-le donc et proclamons-le de toutes nos forces : hors de l’église, hors de la foi en Christ crucifié pour nos péchés, il n’est point de salut pour aucun homme. Quiconque cherche son salut en quelque chose que ce puisse être hors de Christ, que ce soit dans ses œuvres, ou dans ses bonnes intentions, ou dans ses souffrances, ou même dans la bonté de Dieu abstraction faite du sacrifice de Christ; quiconque cherche son salut en-dehors de celte église dont la doctrine se résume en Christ crucifié, verra son espérance confondue , et une condamnation éternelle sera son partage. C’est pourquoi nous sollicitons les hommes, avant toutes choses, de donner leur cœur à Christ, de placer toute leur espérance en sa croix, et d’entrer par la foi dans cette église invisible qui seule possède le salut. »

* dans son zèle pour présenter la vérité de l’Église invisible, le pasteur avait été malheureusement trop loin dans certaines de ses déclarations… j’ai tendance à croire que la doctrine non-biblique du pédobaptisme tend à mener les protestants pédobaptistes vers une attitude trop conciliante envers le catholicisme romain qui pratique aussi le pédobaptisme… oui, je crois qu’il y a des élu(e)s dans la Grande Babylone (Apocalypse 18:4) mais Dieu les demande de sortir d’elle et non pas de rester en son sein et d’approuver d’une façon ou d’une autre de son faux évangile, de ses meurtres, de ses blaphèmes, de son commerce religieux et de son idolâtrie… Dieu menace de juger ceux qui sont en elle et les menaces de Dieu ne sont pas vides!… oui, il est absolument essentiel de faire partie de l’Église invisible (Amen!) mais est-ce qu’un véritable enfant de Dieu peut demeurer dans une église visible gouvernée par l’Antéchrist? (svp lisez mon témoignage de conversion)… Apocalypse 18:4 est clair : Sortez d’elle! c’est un commandement du ciel.

« Cette église-là possède seule la vérité, et par conséquent l’infaillibilité. L’église est infaillible, nous dit-on, elle ne peut errer dans les choses de foi : cela est faux, si vous l’appliquez à une église particulière; mais cela est vrai, si vous l’appliquez à l’église générale el invisible….et si [une église particulière] tombe dans l’erreur, c’est parce qu’elle s’attache à développer d’une manière exclusive cette portion de vérité qui lui est échue en partage, et qu’elle laisse plus ou moins à l’écart d’autres vérités importantes qui n’ont pas ses prédilections. Telle église, par exemple, représente le principe de la grâce de Dieu; mais en s’attachant à ce principe d’une manière exclusive, elle en vient à méconnaître la liberté humaine, elle amoindrit la part active que l’homme doit apporter dans le travail de son salut, elle tend au relâchement dans la sanctification. Telle autre église représente au contraire le principe de l’activité humaine et de la liberté; mais en développant ce principe exclusivement, elle ôte quelque chose à la gratuité absolue du salut, et arrive à nier la doctrine de l’élection. Telle église défend dans le monde chrétien les principes d’ordre et d’autorité; mais ces principes développés exclusivement lui font méconnaître les droits de la conscience individuelle, et porter atteinte à la sainte égalité des enfants de Dieu. Telle autre église défend le principe d’égalité; elle revendique pour chaque fidèle les droits du sacerdoce chrétien; mais en s’attachant uniquement à ce point de vue, elle en vient à détruire l’ordre établi de Dieu, à renverser des autorités ordonnées par sa parole, et aboutit au communisme religieux. Telle église défend le principe de la largeur chrétienne; mais en suivant ce principe elle l’exagère, elle se rapproche du monde, elle tend à effacer la ligne distinctive qui doit à jamais séparer du monde le royaume de Jésus-Christ. Telle autre église défend le principe de la fidélité chrétienne; mais ce principe développé sans contrepoids dégénère en roideur, en étroitesse, et porte à exclure des choses et des personnes que le Seigneur n’exclurait pas. »

« Cette église-là possède seule la sainteté. Tous les membres qui la composent sont des saints dans le vrai sens du mot : non pas assurément qu’ils soient exempts de toute imperfection — la perfection n’est pas de ce monde — mais ils sont saints dans ce sens qu’ils sont de vrais enfants de Dieu, membres du corps de Christ, séparés du monde, régénérés par le Saint-Esprit, zélés pour les bonnes œuvres, poursuivant avec ardeur la sainteté et s’en rapprochant de jour en jour. Ils sont saints dans ce sens qu’ils luttent sérieusement contre le mal, qu’ils « crucifient la chair et ses affections, » et qu’ils travaillent incessamment à rétablir en eux la sainte image de Dieu effacée par le péché. Ils sont devenus de « nouvelles créatures» en Jésus-Christ; pour eux « les choses vieilles sont passées et toutes choses sont devenues nouvelles;» ils détestent ce qu’ils aimaient autrefois, et ils aiment ce qu’ils haïssaient; étrangers et voyageurs ici-bas, leurs pensées et leurs affections sont tournées vers les choses qui sont en haut; leur trésor n’est plus sur la terre, mais dans le ciel. Voilà ce que sont les membres de l’église invisible; et c’est pour cela que, dans la profession de notre foi, nous donnons à cette église le glorieux titre de sainte : je crois la sainte église universelle. Quant aux églises visibles, il n’en est aucune qui puisse être appelée sainte dans le vrai sens du mot. Toujours il y a dans ces églises un mélange de mondains avec les enfants de Dieu, de vrais serviteurs de Jésus-Christ avec des hommes qui n’ont de chrétien que le nom. Il en sera ainsi, du plus au moins, jusqu’à la fin du monde, comme nous l’enseigne le Sauveur dans plusieurs de ses paraboles les plus expressives : ce filet qui ramasse toutes sortes de choses, des bonnes et des mauvaises, dont la séparation ne doit se faire qu’à la fin du monde; ces vierges folles, qui ont bien la lampe comme les vierges sages, mais point d’huile pour la faire briller, et qui ne sont confondues qu’à l’arrivée de l’époux; cette salle de festin où les serviteurs font entrer tous ceux qu’ils rencontrent, « tant les mauvais que les bons, » jusqu’à ce que le maître lui-même vienne faire le triage; ce champ planté par le père de famille, où l’ivraie paraît à côté du blé, et où le Seigneur ordonne de laisser croître ensemble ces deux plantes, rapprochées et pourtant dissemblables, « jusqu’à la moisson , » c’est-à-dire jusqu’au dernier jour. Il serait impossible d’enseigner d’une manière plus claire et plus frappante que l’église visible ne peut pas être absolument sainte ici bas : que dans cette église le mélange des saints et des infidèles est inévitable, et qu’il entre même dans les vues de Dieu, sans doute afin de fournir aux infidèles une occasion plus prochaine, et un moyen plus facile, de devenir des saints. »

« Unité apparente, diversité réelle: c’est la condition des églises visibles. C’est précisément le contraire dans l’église invisible, où les diversités secondaires laissent intacte l’unité réelle et fondamentale. Cette église-là possède seule la catholicité, c’est-à-dire l’universalité. Elle a seule le droit de s’appeler catholique; car seule elle doit couvrir le monde entier, et réunir tous les peuples dans son vaste sein. Tous les enfants de Dieu, sans exception, relèvent de cette église-là. S’il est quelque part une église visible qui prétende à l’universalité, et qui ose à l’exclusion des autres s’appeler catholique, cette prétention est sans fondement; elle est démentie par les faits, et cette église elle-même, chose étrange, prend soin de la démentir. En effet, cette église qui prétend à l’universalité et qui usurpe le titre de catholique, ajoute à ce titre celui de romaine : c’est une église catholique romaine. Qui ne sent que ces deux termes se contredisent et s’excluent mutuellement? Une église ne peut pas plus être à la fois catholique et romaine, universelle et particulière, qu’un objet ne peut être à la fois rond et carré, blanc et noir. Si vous êtes église catholique, vous n’êtes pas romaine; si vous êtes romaine, vous n’êtes pas catholique. Et en effet, l’église dont je parle est bien romaine : elle a bien son origine et sa puissance dans la ville aux sept collines ; c’est à Rome qu’elle a été inventée avec sa hiérarchie, son célibat, son inquisition, ses jeûnes et ses indulgences ; c’est dans Rome qu’elle a ses pompes et sa gloire; c’est de Rome que partent ses faveurs et ses anathèmes; c’est à Rome que siège son chef; c’est dans la langue de l’ancienne Rome que son culte est célébré : qu’elle garde ce titre de romaine qui peint si bien son vrai caractère! mais qu’elle s’en contente : car elle n’est pas catholique, elle n’est pas universelle, elle n’embrasse pas dans son sein tous les chrétiens du monde… pénétrons-nous du véritable esprit catholique; ne nous laissons jamais dominer par aucun parti religieux, et rappelons-nous qu’avant d’être membres de telle ou telle église particulière, nous appartenons à l’église invisible et universelle de Jésus-Christ. »

« Toutefois, mes frères, n’allez pas conclure de ce qui précède qu’il soit en quelque sorte indifférent à quelle forme d’église nous appartenons. Une telle conclusion serait une erreur bien dangereuse, et nous avons hâte de la repousser. Il n’est pas indifférent d’appartenir à une église qui appuie ses enseignements, en partie tout au moins, sur une autorité humaine, ou à une église qui fonde les siens uniquement sur l’autorité infaillible de la parole de Dieu. Dieu nous accorde un immense privilège en nous plaçant dans une église évangélique; et plutôt que de renoncer à cette église pour adopter des doctrines et un culte qui sont condamnés par la parole de Dieu, il ne faudrait pas hésiter un instant à donner notre vie, si le Seigneur nous y appelait. »

source: Horace Monod, « L’Église »

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Voir aussi:

Livres chrétiens

L’Église invisible et l’erreur de John Nelson Darby, « père » du dispensationalisme

Livre électronique gratuit: « APERÇU SUR LE CONGRÉGATIONALISME » (1860)

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