Jujii Ishii, le George Muller du Japon

Ishii_Juji_StatueCombien de protestants occidentaux pourraient nommer un chrétien japonais du passé?  J’imagine un très, très petit nombre. Avant aujourd’hui, je n’aurais pas pu fournir un nom mais dans la providence de Dieu, j’ai trouvé par accident un article dans une revue protestante francophone du 19e siècle décrivant un peu la vie de Jujii Ishii, un chrétien japonais qui avait été influencé par l’exemple de George Muller, un fondateur d’orphelinats et un grand homme de prière. Je vais vous partager ici quelques paragraphes de cet article:

« Jujii Ishii, dit le rév. J.-H. Pettee, missionnaire au Japon, est peut-être le chrétien indigène le plus connu et le plus respecté, non seulement dans son pays, mais au loin. Ce jeune homme qui n’a actuellement que vingt-huit ans, a déjà derrière lui un passé de dévouement et de philanthropie chrétienne. Son courage et sa piété pratique le distinguent entre tous. Sa confiance enfantine en son Père céleste est aussi rare qu’elle est rafraîchissante dans notre âge de soroban (table de calcul). Il possède à un haut degré ce sixième sens qui nous permet de voir l’invisible. Sur les ailes d’une sainte ambition, il s’élève toujours plus haut et aspire à de plus grandes choses. » Tel est le tableau que nous fait M. Pettee de l’intéressante personnalité qui va nous occuper un moment.

Peu après eut lieu son mariage avec une orpheline, Shina Uchino, fille d’un ancien officier du prince Iwakura. La jeune femme fut une compagne fidèle et dévouée pour son mari et ne contribua pas peu à son développement spirituel. Elle fut baptisée en 1886. En 1882, Ishii se rendit à Myasaki où il dut exercer pendant six mois les fonctions d’agent de police. Cette demi-année fait tache dans la belle carrière du jeune homme. Le souvenir de sa jeune épouse absente n’eut pas le pouvoir de le retenir dans le bon chemin. Entouré, sans doute, d’hommes aux bas instincts, il tomba dans le vice, mais le châtiment ne se fit pas attendre. Il contracta une maladie, conséquence directe de ses excès, et dut se faire traiter par le docteur Ogiwara. Cet homme excellent ne se borna pas à lui administrer des médicaments; il adressa à Ishii de sérieuses remontrances et de bons conseils qui ne furent jamais oubliés. Le docteur japonais, chrétien de cœur et lecteur assidu des publications missionnaires, lui parla de l’immortalité de l’âme et du devoir qu’il y a à s’occuper de son salut. Remarquant sans doute chez le jeune homme des capacités au-dessus de la moyenne, le docteur Ogiwara l’engagea à étudier la médecine. Sur son avis, Ishii se rend à Okoyama. Cette ville possède une des meilleures facultés de médecine du pays et, de plus, une Église chrétienne protestante dont le pasteur, M. Kanamori, pouvait être d’un grand secours au jeune étudiant. Celui-ci avait appris de la bouche de son ami le docteur que les traits caractéristiques du christianisme sont la foi, l’espérance et la charité. Depuis lors, un ardent désir de connaître la religion du Christ s’empare de son âme.

Troublé, sans doute, par le souvenir de ses fautes, le cœur agité d’aspirations nouvelles, il part pour Okoyama. Arrivé dans cette ville, il se rend directement au dépôt biblique. Le couple indigène qui en avait la charge ne sut malheureusement pas lui répondre d’une manière satisfaisante. L’homme crut avoir affaire à quelque étudiant moqueur qui voulait lui tendre un piège par des questious captieuses et le renvoya avec impatience. Cette manière d’être irrita fort le jeune homme. Désappointé à l’endroit des protestants, il se tourne vers les catholiques. Ceux-ci l’accueillent avec la plus grande bienveillance et pendant une année il étudie à leur école. Il loge dans la maison d’un prêtre et le suit dans ses voyages missionnaires. Les intérêts éternels de sa famille le préoccupent. Accompagné de son ami, le prêtre, il se rend à Takanabé pour y prêcher sa nouvelle foi. Ils y tiennent plusieurs réunions, mais sans aucun succès. Sur ces entrefaites, Ishii rencontre plusieurs de ses anciens amis, entre autres le docteur Ogiwara, avec lequel il a de longues conversations. L’aversion de ses conducteurs spirituels pour la Bible éveille ses soupçons. A son retour à Okoyama, il se procure le Nouveau Testament et se rend en secret chez le pasteur Kanamori. Ces visites, jointes à l’étude des saintes Écritures et aux prédications du pur Evangile, changent le courant de ses idées. L’Esprit de Dieu travaille dans son cœur. Préparé dès l’enfance, mûri de bonne heure par les circonstances diverses d’une vie mouvementée, le jeune Ishii trouve enfin l’idéal qu’il cherchait. Sa nature ardente se tourne avec bonheur vers le Dieu de l’Évangile. Il se pénètre surtout de cet esprit de charité qui l’avait d’abord attiré vers la religion chrétienne. En 1884, il demande à être admis dans la communauté protestante. A cette époque, Jujii n’avait pas encore découvert sa vocation. Tout en étudiant les saintes Écritures, il s’appliquait à ses études médicales.

En suivant Ishii à Okoyama, nous y faisons la connaissance d’une personnalité intéressante. Depuis l’introduction de la civilisation occidentale au Japon, la position de la femme, déjà bien supérieure à celle qu’on lui fait en Chine, s’est sensiblement améliorée. De nos jours, une femme intelligente peut se faire une place dans la société, bien plus, dans l’Église chrétienne du pays.

« Demandez le nom de la femme la plus estimée d’Okoyama, dit M. Pettee, et l’on vous indiquera sans hésitation Kounia Soumyia. Cette rare servante du Seigneur exerça une grande influence sur le jeune Ishii. Il lui fut présenté le jour de son entrée dans l’Église chrétienne et elle devint dès lors sa conseillère et son amie la plus fidèle et la plus dévouée. Un lien d’intime sympathie s’établit bientôt entre la chrétienne mûrie par l’expérience et l’âge et le jeune disciple de Jésus. Il vise toujours à imiter celle qu’il nomme sa mère spirituelle. Il se tourne vers elle pour chercher aide et conseil dans toutes les circonstances de sa vie. Il s’efforce de pratiquer la même consécration à Dieu, le même dévouement à son prochain. »

En cette même année 1884, Ishii reçoit la première impulsion vers l’œuvre de sa vie. Il apprend qu’un pauvre vieux couple américain a fait don de 4 dollars au profit de la construction d’un collège chrétien au Japon. Le fait que ces deux pauvres gens ont pensé aux besoins de la jeunesse de ce lointain pays le frappe vivement. Et lui, ne ferait-il rien pour son pays natal? Il ne perd pas de temps à réfléchir. Il n’attend pas d’avoir terminé ses études. Il se met immédiatement à l’œuvre. Comme le docteur Barnardo, qui, alors qu’il n’était encore qu’étudiant en médecine, parcourait déjà les bas-fonds de Londres à la recherche des petits Arabes, Jujii se met en quête de l’enfance abandonnée de Takanabé, la ville qu’habitait sa famille. Il acquiert un vieux temple hors d’usage, le transforme et y ouvre des classes du soir pour les enfants pauvres. Cette œuvre se poursuit pendant quatre ans aux frais d’Ishii, dirigée par un catéchiste indigène. « Chaque fois que j’oubliais de prier pour notre école, je recevais une lettre de mon assistant : « L’école va mal, » m’écrivait-il. Étais-je, au contraire, plus persévérant dans la prière, il m’annonçait que tout allait bien. Ceci se répéta à plusieurs reprises. »

En 1885, Ishii visita sa province natale et y commença avec M. Cary la première œuvre chrétienne protestante.

Ses journées étant consacrées à la prédication de l’Evangile, il est obligé de travailler le soir pour subvenir à ses besoins, probablement en donnant des leçons. Plusieurs de ses amis sont gagnés à la foi chrétienne, mais cet excès de travail réagit sur sa santé et jette les germes d’une maladie dont il souffrit plus tard.

En 1886, George Muller, fondateur des orphelinats de Bristol, arriva au Japon. Cet événement devait décider de l’avenir du jeune Ishii. Celui-ci ne vit pas George Muller, mais un étudiant en théologie de Kyoto qui avait eu le privilège de le rencontrer lui décrivit l’œuvre du vénérable philanthrope anglais. Il s’attacha surtout à la vie de foi, mise en pratique par George Muller, dès la fondation de ses asiles. On eût dit qu’un courant électrique avait passé de l’âme du vétéran chrétien à celle de ce jeune disciple au cœur duquel brûlait déjà l’amour de Dieu et des hommes. Il se consacra comme à nouveau au service de son divin Maître. Depuis longtemps, ses affections étaient gagnées à l’enfance abandonnée. A cette heure, sa décision fut prise. C’est aux orphelins, aux enfants déshérités qu’il vouerait définitivement sa vie.

Cela se passait en février 1886 ; en avril, il dut interrompre ses études, car son cerveau fatigué se refusait au travail. Il paraît qu’au Japon les étudiants en médecine ont le droit de pratiquer avant d’avoir leur diplôme. C’est ce que fit Ishii pour reposer sa tête et gagner quelque argent. Cette occupation ne fut pas de longue durée. Dans ses heures de loisir, l’exemple de George Muller se présenta avec force à son esprit. Ne valait-il pas mieux abandonner sa vie sans réserve au Seigneur et recevoir directement de lui les ressources nécessaires pour sa propre subsistance et celle des orphelins qu’il allait adopter?

« S’oublier pour les autres, telle est la définition de l’amour, » lui avait dit son pasteur, M. Kanamori. Cette parole devint sa devise. Il y ajouta cette phrase de George Muller : « La confiance, c’est de prendre Dieu au mot. » Depuis lors, il y conforma sa vie et débuta en envoyant à l’un de ses collègues, dans le besoin, tout l’argent qui lui restait. Son âme fut remplie de paix et de joie, disposition d’esprit qui ne l’abandonna plus jamais.

L’histoire de Jujii Ishii est une démonstration frappante de ce beau passage, si cher au jeune philanthrope japonais : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres. »

Combien y a-t-il, dans notre vieille Europe chrétienne, de jeunes hommes de l’âge d’Ishii qui aient montré une individualité aussi précoce, un désintéressement aussi complet, une foi aussi pratique? Dieu veuille en susciter!

source:

« Le Chrétien évangélique, Volume 35 » (Livre numérique Google)

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Voir aussi:

Livre électronique gratuit : autobiographie de George Müller (en français)

Vidéo Youtube: Biographie de George Müller (1805-1895), grand homme de prière

George Müller, la doctrine biblique de l’élection et la « perte du salut »

Prière

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