Du jeûne selon l’Écriture (2e partie)

Dans la providence divine, j’ai trouvé récemment une revue évangélique protestante du dix-neuvième siècle contenant un article sur le jeûne selon les Écritures. Ayant apprécié les contenus de cet article utile, j’avais pensé sage de partager ses contenus sur ce blogue. Étant donné que l’article est assez long, j’avais pensé bon de le couper en différents morceaux. Voici la deuxième partie:

Le sens dans lequel nous concevons ordinairement le jeûne, dans lequel on en parle, est double. On l’a considéré ou comme un acte pouvant par lui-même nous rendre agréables à Dieu et même contribuer à l’expiation des péchés, tel était entre autres le jeûne des Pharisiens, ou comme un moyen de discipline personnelle servant à la sanctification en domptant la chair, c’est le sens dans lequel ou en parle et ou le juge le plus favorablement.

Est-ce comme tel que l’Écriture le recommande?

Abordons d’abord l’Ancien Testament. Traitons de ses passages à part, d’autant plus qu’on est disposé à concevoir qu’il doit y avoir une grande différence entre l’ancienne économie et la nouvelle, présomption que fortifie la grande place que le jeûne occupait dans la piété juive au temps de Jésus-Christ, et même maintenant.

La première mention du jeûne se trouve dans Lévitique 16:29-31, à propos de l’ordonnance établissant la fête des propitiations. « Le dixième jour du septième mois, y lisons-nous, vous traiterez durement votre personne, et vous ne ferez aucune œuvre, tant l’indigène que l’étranger qui séjourne parmi vous. Car en ce jour-là on fera propitiation pour vous, pour vous purifier: vous serez purifiés devant l’Eternel de tous vos péchés. Ce sera pour vous un jour de repos solennel. Vous traiterez donc durement votre personne: c’est une ordonnance éternelle, etc. » Dans ce passage le jeûne n’est pas mentionné expressément sous le terme technique de jeûne (en hébreu tsoum) mais sous celui de traiter durement sa personne (hinna naphscho)*. Il consistait donc en un dur traitement de soi-même, suscité par le sentiment de ses péchés et le besoin d’en être purifié, et accompagnant la recherche de la grâce. Il était uni, dans le jour des propitiations, à l’offrande de sacrifices, à la cessation du travail et à la célébration d’un repos solennel. Il n’avait d’ailleurs pas de valeur purificatoire par lui-même; le passage parle bien d’une vertu de purification, mais il l’attribue, non à lui, mais à l’acte cérémoniel accompli par le souverain sacrificateur, « car, dit le verset 30, on fera propitiation sur vous pour vous purifier, et vous serez purs devant l’Éternel de tous vos péchés. » J’en résumerais l’idée en disant que c’était un acte d’humiliation accompagnant la recherche de la purification.

* Note de l’auteur de l’article: Nos Bibles traduisent hinna naphscho par « affliger son âme, » mais à tort, à mon avis, hinna signifiant maltraiter, traiter durement ; par exemple Genèse 14:6: « Saraï maltraita donc Agar » ; Genèse 31:50 : « Si tu maltraites mes filles, » dit Laban à Jacob ; » ; Genèse 15:13: « Ta postérité sera asservie 400 ans aux habitants et traitée durement » ; Exode 22:21 : «Tu ne fouleras et n’opprimeras (ou maltraiteras) point l’étranger » ; d’ailleurs naphscho a un sens plus complet que « âme », et désigne la personne, corps compris.

Il est derechef question de la manière de célébrer cette fête dans Lévitique 23:27-36. Là encore le mot de jeûne ne se rencontre pas; mais on y trouve cette prescription, que « toute personne qui ne se serait pas traitée durement ce jour-là devait être retranchée du peuple. »

C’est là la seule mention du jeûne dans la Thorat, dans les 5 livres de la loi. Elle institue donc un seul jeûne national régulier, et nous avons vu dans quel esprit; et d’ailleurs elle se préoccupe si peu de jeûnes individuels ou de jeûnes nationaux occasionnels, qu’elle ne réglemente rien à cet égard et n’en parle pas même.

Moïse cependant lui-même, dans une occasion très solennelle, jeûna deux fois de suite et d’une manière prolongée. Quand la loi fut donnée à Israël en Sinaï, le serviteur de l’Éternel monta sur la montagne par ordre de Dieu, pour y recevoir les tables de la loi, et y resta quarante jours et quarante nuits « sans manger ni boire, » au bout duquel temps l’Éternel les lui donna (Exode 24:12,18; Exode 31:18; Deutéronome 9:9-11) Puis Israël ayant enfreint l’alliance par son idolâtrie et les deux tables ayant été alors brisées par le médiateur en témoignage de la rupture de l’alliance, Moïse, sur l’ordre de Dieu, monta de nouveau sur la montagne avec deux nouvelles plaques de pierre qu’il avait taillées. (Exode 34:1-2.) « Puis je me prosternai devant l’Éternel, dit-il à son peuple (Deutéronome 9:18-19; Exode 34:28), durant quarante jours et quarante nuits comme auparavant, sans manger de pain et sans boire d’eau, à cause de tout votre péché que vous aviez commis en faisant ce qui déplaît à l’Éternel, de manière à l’irriter. Car je craignais la colère et la fureur dont l’Eternel était enflammé contre vous pour vous détruire. » — Le but de ce jeûne de quarante jours, du second du moins, mais probablement aussi du premier, fut de s’humilier pour le péché d’Israël et d’implorer la grâce divine. Comme on l’a fait observer, le manque de prescription sur le jeûne dans les livres de Moïse est d’autant plus frappant que Moïse lui-même en pratiqua deux fois un si prolongé. La liberté, la spontanéité individuelle avec laquelle cet acte religieux doit être accompli, en est d’autant plus mise en saillie.

Durant tout le temps des prophètes, aucun des envoyés de Dieu n’établit de la part de l’Éternel d’autre jeûne national fixe ni ne prescrivit de jeûne, soit national soit individuel, pour tel ou tel cas prévu d’avance. — Depuis la fin du royaume de Juda, il est vrai, les Juifs établirent quatre jeûnes nationaux annuels réguliers, outre celui de la fête des propitiations, savoir les jeûnes des quatrième, cinquième, septième et dixième mois, mentionnés dans Zacharie 8:19 et qu’on célébrait aux anniversaires des plus douloureux événements relatifs à la destruction du royaume; mais observons qu’aucun passage des prophètes ne nous indique qu’ils aient été institués par ordonnance divine, et que, loin de là, des envoyés du peuple vinrent demander au prophète s’ils devaient les célébrer et que l’Éternel fit répondre que ces jours de deuil seraient changés en jours de fête. (Zacharie 7:3; 8:19.) — Peut-être que les fêtes annuelles de Purim instituées par Esther et Mardochée, furent accompagnées de jeûnes; mais le passage qui en parle est d’une interprétation douteuse (Esther 9:31), et d’ailleurs Esther et Mardochée n’étant pas prophètes, une institution de leur part ne pourrait être considérée comme divine.—Il demeure donc que le seul jeûne national fixe d’institution divine, sous l’Ancien Testament, était celui de la fête des propitiations. Cette seule considération me paraît devoir modifier singulièrement l’idée qu’on se fait du jeûne tel que l’établissait l’Ancien Testament, en le montrant comme étant d’une pratique beaucoup plus rare, plus individuelle et plus spirituelle qu’on ne l’aurait supposé d’après l’impression qu’on reçoit de la fréquence, de la fixité et de la prétendue valeur du jeûne chez les pharisiens, les juifs modernes et les catholiques.

Durant les 400 ans qui séparent le temps de Moïse de celui de David, nous ne trouvons mentionnés que deux jeûnes de circonstance.

Le premier est celui des onze tribus après leur défaite par les Benjaminites coupables. Alors, nous dit le livre des Juges (20:26). « tous les enfants d’Israël vinrent à la maison de Dieu et y pleurèrent, et se tinrent là, devant l’Éternel, et jeûnèrent ce jour-là jusqu’au soir, et offrirent des sacrifices. Ensuite les enfants d’Israël consultèrent l’Éternel. » — Ici le jeûne est uni aux pleurs et à l’offrande de sacrifices, et sert de préparation à la consultation de l’Éternel.

Le second est du temps de Samuel. Israël, opprimé depuis vingt ans par les Philistins, finit par « soupirer après l’Éternel. » — « Si vous vous retournez de tout votre cœur à l’Éternel, leur dit Samuel, enlevant les dieux des étrangers, il vous délivrera. » Le peuple obéit, puis s’assembla à Mitspa, « afin, est-il dit, qu’il priât pour eux. » Alors ils puisèrent de l’eau, qu’ils répandirent devant l’Éternel, et ils jeûnèrent ce jour-là et dirent: Nous avons péché contre l’Éternel! Et ils dirent à Samuel : Ne cesse pas de crier pour nous à l’Éternel. » — Ici donc aussi le jeûne fut un acte d’humilité, caractérisé par le renoncement à l’idole et la confession des péchés, et préparant à la prière par laquelle on voulait implorer du secours.

Dès le temps de David, la mention du jeûne est un peu plus fréquente. Il est vrai que nous possédons plus de documents sur cette époque. En réunissant les données que nous fournissent les livres historiques, les Psaumes et les prophètes, nous trouvons la mention d’une quinzaine de jeûnes occasionnels, tant individuels que nationaux, accomplis depuis l’époque de David, vers l’an 1050 avant Christ , jusqu’à la fin du temps des prophètes. Ce n’est certes pas considérable.

La plupart de ces jeûnes furent entièrement spontanés. Dans un seul endroit nous trouvons un jeune extraordinaire prescrit par l’Éternel. C’est dans Joël: « Sacrificateurs, est-il dit 1:13-14, ceignez-vous du vêtement d’affliction et gémissez; lamentez-vous, vous qui faites le service de l’autel. Consacrez un jeûne; convoquez l’assemblée; réunissez les anciens, tous les habitants du pays, à la maison de l’Éternel votre Dieu, et criez à l’Éternel! » Et dans Joël 2:12-17: « Maintenant donc, revenez à moi de tout votre cœur, et avec jeûne, et avec larmes, et avec lamentations. Et déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et revenez à l’Éternel votre Dieu, car il est miséricordieux. Qui sait? il se peut qu’il revienne et qu’il ait du regret!… Sonnez de la trompette en Sion, consacrez un jeûne, convoquez une assemblée; que les sacrificateurs pleurent entre le porche et l’autel, et qu’ils disent: Éternel, pardonne à ton peuple ! » — Ce passage suffit sans doute pour nous montrer que dans certaines conditions et dispositions spirituelles le jeûne pouvait être agréable à Dieu. Toutefois observons d’abord que ce passage est le seul mentionnant un jeûne qui ait été prescrit; puis, que dans ce passage même l’importance du rôle donné au jeûne est accessoire: il n’en est question qu’en passant, au milieu d’invitations à la repentance et au recours à la miséricorde de l’Éternel, et encore l’appel au jeûne est-il accompagné d’un avertissement propre à montrer que l’acte matériel est tout secondaire, cette exhortation: « Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et revenez à l’Éternel. »

Il y a deux autres passages où un prophète de l’Éternel fait mention du jeûne de telle manière qu’il donne indirectement à entendre que dans certaines dispositions il peut être agréable à Dieu, mais toujours en faisant observer que l’acte matériel est d’une importance faible et parfois nulle. C’est Jérémie 14:11 : « Ne fais point de requête en faveur de ce peuple. Quand ils jeûneront, je n’exaucerai point leur cri, et quand ils offriront des sacrifices, je n’y prendrai point de plaisir ; » et surtout Ésaïe 58:3-9, passage capital que nous citons au long : «Pourquoi jeûnerons-nous, disent-ils, et tu ne le vois pas? pourquoi nous traitons-nous durement, et tu l’ignores? — Voici, c’est que dans votre jour de jeûne vous trouvez votre volonté et vous pressez tous vos travailleurs. Voici, vous jeûnez en vous querellant et vous disputant, et en frappant d’un poing méchant. Vous ne jeûnez pas aujourd’hui à faire exaucer votre voix dans le Haut-Lieu. Le jeûne que j’aime, est-ce un jour que l’homme se traite durement? Quoi, plier la tête comme un jonc et se coucher sur le sac et la cendre, est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, un jour approuvé de l’Éternel? Voici le jeûne que j’aime: qu’on délie les chaînes de l’impiété, qu’on fasse tomber les courroies du joug, qu’on affranchisse les opprimés….; et encore, que tu distribues ton pain à celui qui a faim, et amènes au logis les pauvres errants, etc. Alors ta félicité éclora comme l’aurore, et ta justice marchera devant toi. Alors tu appelleras et l’Éternel répondra; tu crieras, et il dira: Me voici. »

Dans un passage encore il est question d’un jeûne, accompagné de prière, qui fut suivi d’une délivrance; mais là aussi on voit que c’est à la prière spécialement, et non au jeûne, que la faveur de Dieu a répondu. C’est dans Esdras 8:21, à propos du retour d’une colonie d’Israélites en Palestine: « Je publiai là le jeûne, dit Esdras, afin de nous traiter durement devant notre Dieu, afin de le prier de nous donner un heureux voyage. Nous jeûnâmes donc et nous implorâmes notre Dieu, et il fut fléchi par nos prières. »

Tous les autres passages sont relatifs à des jeûnes, individuels ou nationaux, pratiqués spontanément et sans qu’aucun jugement soit prononcé par l’Éternel ou ses prophètes sur leur valeur. Il y a toutefois à remarquer parmi eux ceux dont il est parlé dans les Psaumes; l’inspiration de ces morceaux est un témoignage indirect, mais suffisant, d’une approbation de Dieu s’attachant à des jeûnes accomplis dans de semblables conditions.

source:

« Le Chrétien évangélique – volume 2 » (Livre numérique Google)

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Voir aussi:

Du jeûne selon l’Écriture (1re partie)

Du jeûne selon l’Écriture (3e partie)

Prière

Livres chrétiens

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