Du jeûne selon l’Écriture (6e partie)

Dans la providence divine, j’ai trouvé récemment une revue évangélique protestante du dix-neuvième siècle contenant un article sur le jeûne selon les Écritures. Ayant apprécié les contenus de cet article utile, j’avais pensé sage de partager ses contenus sur ce blogue. Étant donné que l’article est assez long, j’avais pensé bon de le couper en différents morceaux. Voici la dernière partie:

Tels sont les passages du Nouveau Testament dans lesquels il est fait mention du jeûne. On peut cependant citer encore un certain nombre de passages, qui, sans traiter directement du sujet, s’y rapportent plus ou moins indirectement. Nous ne mentionnerons que les principaux.

Ils peuvent être rangés en deux classes, la première comprenant ceux qui recommandent la tempérance et le renoncement, et la seconde, ceux qui attaquent les abus en matière d’abstinence.

De la première, je citerai:

1 Corinthiens 9:27 : « Je meurtris mon corps et le réduis en servitude, de peur, etc. » Sans doute ce n’est pas à propos de jeûne que Paul parle ainsi, mais de privations à s’imposer, en général, pour le service de Dieu et l’édification du prochain, comme le montrent le reste du chapitre et le précédent; cependant, soit par l’exemple qu’il nous donne, soit par le motif qu’il allègue pour justifier sa manière d’agir, il nous recommande évidemment la lutte contre la domination de la chair et même le renoncement à de légitimes jouissances, dès que ce renoncement peut contribuer à la saine édification d’autrui.

Dans le même sens, de la lutte à soutenir contre la chair, il est dit ailleurs: « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne soient appesantis par la gourmandise et l’ivrognerie, et que ce jour-là n’arrive sur vous subitement » (Luc 21:34); et ailleurs : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les actes du corps, vous vivrez. » (Romains 8:13.)

Dans le passage suivant, l’apôtre parle à ses lecteurs du soin que nous devons mettre à éviter ce qui blesserait la conscience faible du prochain: « Ce n’est pas un aliment qui nous rend agréables à Dieu; car si nous mangeons, nous n’en avons rien de plus, et si nous ne mangeons pas, rien de moins. Mais prenez garde que ce droit que vous avez ne devienne une occasion d’achoppement pour les faibles… En blessant leur conscience, qui est faible, vous péchez contre le Christ. C’est pourquoi, si un aliment est une occasion de chute pour mon frère, je ne mangerai plus jamais de viande, pour n’être pas une occasion de chute pour mon frère. » (2 Corinthiens 8:8-13)

Il y a enfin des passages du Nouveau Testament qui nous mettent en garde contre l’abus que nous pourrions faire du jeûne. Ce sont essentiellement les deux suivants, les deux derniers que nous nous proposions d’examiner.

« Que personne, dit St.-Paul aux Colossiens, (2:16-23), ne vous condamne au sujet de manger ou de boire ; … choses qui sont une ombre de celles qui sont à venir et dont la réalité est en Christ. » Les prescriptions cérémoniclles établies soit par la Loi, soit par la tradition, et dans lesquelles rentrent les jeûnes, avaient entre autres une valeur symbolique. Attachez-vous, nous dit ici l’apôtre, à la réalité, la sanctification en Christ, sans donner au symbole plus de valeur qu’il ne mérite. Pour ceci, maintenez votre liberté et ne vous laissez pas condamner par les formalistes. « Si donc, continue-t-il au verset 20, si vous êtes morts avec Christ, quant aux éléments du monde,» c’est-à-dire si dans l’union avec lui vous avez renoncé aux chétives pratiques auxquelles le monde recourt pour se rendre agréable à Dieu, «pourquoi recevez-vous des ordres, selon les commandements et doctrines des hommes : ne prends point, ne touche point! — choses qui, par l’abus, sont toutes pour la corruption, quoiqu’elles aient une réputation de sagesse par un culte volontaire et par un rigoureux traitement du corps, en ce qu’on n’a pas égard à la satisfaction de la chair. » — Ainsi, tout en ayant des ménagements pour la conscience mal éclairée d’autrui, ne vous laissez pas imposer de joug, comme par des maîtres qui voudraient dominer sur votre foi et votre conduite, et surtout n’altérez pas le caractère de la vraie piété évangélique, en la faisant consister en bonne partie en actes cérémoniels que vous vous imposeriez arbitrairement et abusivement. Le résultat en serait, malgré certaines apparences, non votre sanctification véritable, mais votre «corruption ; » tout en croyant dominer la chair, vous vous préoccuperiez beaucoup trop d’elle et vous détourneriez votre attention soit de la surveillance à exercer sur vos sentiments tout d’abord, soit des œuvres de charité et de renoncement que Dieu demande positivement de vous.

« L’Esprit, dit encore Paul, dans 1 Timothée 4:1-10, l’Esprit annonce expressément que, dans les temps postérieurs, quelques-uns se retireront de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons, par la fausse dévotion de diseurs de mensonges, qui ordonneront… de s’abstenir d’aliments que Dieu a créés pour être pris avec actions de grâces par les fidèles,… parce que tout ce que Dieu a créé est bon, et rien à rejeter quand c’est pris avec actions de grâces, car c’est sanctifié par la Parole de Dieu et la prière. En exposant ces choses tu seras un bon serviteur de Jésus-Christ, nourri des paroles de la foi et de la bonne doctrine… Exerce-toi à la piété; car l’exercice corporel est utile à peu de chose, mais la piété est utile à tout, ayant la promesse de la vie… Nous avons mis nos espérances dans le Dieu vivant. » Ce passage ne nous arrêtera pas. Il condamne ce que nous avons déjà entendu le Seigneur condamner chez les Pharisiens et les Johannites: la pratique habituelle du jeûne, au détriment de la piété spirituelle et joyeuse des rachetés. Je ne pense pas avoir besoin de montrer qu’il n’y a pas la moindre contradiction entre l’exhortation de Paul que nous rencontrons ici et ce soin qu’ailleurs il nous dit avoir mis à mater son corps et à le tenir en servitude. La continence peut et doit même s’associer à la piété spirituelle, dans une joyeuse communion avec le Sauveur.

Nous tirerons de ces passages du Nouveau Testament des conclusions tout à fait semblables à celles que l’Ancien Testament nous a suggérées.

Si, sous l’ancienne économie, le jeûne devait être d’un usage rare, essentiellement occasionnel, et être considéré comme un acte d’humiliation servant d’auxiliaire à la prière par laquelle on cherchait la miséricorde de Dieu dans l’épreuve; sous la nouvelle, son usage ne peut être que plus rare encore, et se restreint décidément à certaines circonstances.

Le seul jeûne périodique établi par la Loi, « ombre des choses à venir dont le corps est en Christ, » a dû tomber, son idée étant réalisée. En établir un de nouveau, ce serait rentrer dans la voie des Pharisiens ou des Johannites. Aussi le Nouveau Testament n’établit-il point de rite pareil. Le jeûne ne peut, pas même un jour, se transformer en une habitude pour le chrétien, qui possède son Sauveur.

Mais certaines circonstances exceptionnelles se présentant, le jeûne peut et doit être utilisé comme un précieux auxiliaire de la prière.

L’analyse des passages du Nouveau Testament relatifs au jeûne nous a montré les cas de ce genre se rangeant sous deux chefs.

1. Le jeûne est opportun comme auxiliaire de l’humiliation et d’une fervente prière, lorsque les fidèles ont à entreprendre une grande œuvre dans l’intérêt du règne de Dieu. Tel est le cas du jeûne de Jésus au désert, des chrétiens d’Antioche sur le point d’envoyer des missionnaires , des apôtres et des églises lors de l’établissement d’anciens, des disciples de Christ ayant à remporter sur les démons une victoire particulièrement difficile.

2. Le jeûne est opportun, comme auxiliaire de la prière encore, dans la recherche de la présence du Sauveur, si nous en sommes momentanément privés et jusqu’à ce que nous l’ayons retrouvée. Tel a dû être le jeûne des disciples à la mort de leur Maître; tel celui d’Anne et de tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël; tel peut et doit être le nôtre, si nous nous trouvons dans une situation spirituelle analogue.

Ces deux cas se présentent à nous appuyés de l’autorité expresse du Nouveau Testament. Peut-on en admettre d’autres?

L’Ancien Testament nous en fournirait des exemples. Seulement ils ne se présentent pas à nous avec une autorité dogmatique; car, outre qu’ils appartiennent à l’autre économie, ils se rapportent ordinairement à des jeûnes volontaires et non à des jeûnes ordonnés de Dieu. Ils sont toutefois proposés à notre sérieux examen, et plus ou moins recommandés par le caractère personnel et théocratique d’hommes tels que Samuel, David, Josaphat, Daniel, Esdras, Néhémie. Ces hommes de Dieu ont jeûné notamment dans de grands malheurs ou des périls imminents, cherchant dans l’humiliation et avec des prières particulièrement ferventes, la miséricordieuse assistance de l’Éternel leur Dieu.— Si donc des circonstances pareilles se présentent pour nous, pour notre famille, pour notre pays ou pour l’Église, nous avons à examiner, dans notre liberté chrétienne, si nous n’avons pas aussi à nous aider du jeûne pour soutenir notre humiliation et notre prière, dans la lutte extraordinaire qu’il s’agit alors d’engager avec le Seigneur.

Nous avons vu que le jeûne peut-être utile comme auxiliaire de la prière. Ne peut-il pas aussi servir d’auxiliaire à la sanctification? Nous avons déjà touché à ce point délicat; abordons-le plus directement. Nous sommes bien avertis, par l’Écriture et l’expérience de l’Église, que « l’exercice corporel est utile à peu de chose, » que l’abus est ici tout près de l’usage, qu’en revanche la piété (opposée par Paul au jeûne) est utile à tout et communique la vie par un effet de la promesse du Père; ainsi n’attendons point directement du jeûne quelque progrès dans la sanctification; craignons plutôt, au contraire, en la cherchant par ce moyen, d’arriver à toutes sortes de funestes écarts, indiqués au commencement de cette étude et dont il n’y a eu que trop d’exemples. Mais si, pour mater notre corps, au cas qu’il soit particulièrement enclin à telle ou telle jouissance matérielle qui le tente très vivement et qui menace de nous dominer, nous essayons avec prière de combattre cette disposition en nous condamnant à un usage très restreint, et même à une abstinence totale de cette dangereuse jouissance, qui ne nous approuverait? « Toutes choses me sont permises, mais toutes ne sont pas avantageuses,et je ne serai sous la dépendance de quoi que ce soit.» (1 Corinthiens 6:12-13.) Seulement, en usant de ce moyen de discipline, souvenons-nous qu’il est secondaire et qu’il doit être surveillé dans son emploi et ses effets. Nos principales armes, nos armes ordinaires et toujours sûres, sont celles que l’Écriture nous recommande expressément. (Ephésiens 6:10-18, etc.)

J. J. Faure

source:

« Le Chrétien évangélique – volume 3 » (Livre numérique Google)

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Voir aussi:

Du jeûne selon l’Écriture (5e partie)

Prière

Livres chrétiens

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